Les maux de la démocratie sénégalaise

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Le régime politique sénégalais est souvent présenté par le Président Macky Sall
comme une démocratie majeure qui fonctionne bien. Comparé aux voisins dans la sous-régionsouvent en crise, le Sénégal pourrait bien être considéré comme un espace où l’on respectethéoriquement les principes et les règles sur lesquels se fonde la démocratie. Au plan juridiqueet institutionnel, le principe démocratique est reconnu.Mais la grande interrogation concerne le fonctionnement de cette démocratiesénégalaise marquée par des contradictions qui relativisent ses performances dans lagouvernance politique, économique et sociale. Maintenant, la sempiternelle  question deséparation des pouvoirs se pose avec acuité parce que la suppression du poste de Premiervient renforcer la concentration des pouvoirs aux mains du Président de la République.La célérité affichée dans le traitement des dossiers a montré ses faiblesses et leslenteurs bureaucratiques continuent d’affecter une administration en mal de réformesadéquates. Sur ce plan, l’Acte III de la décentralisation peine à se traduire en politiquespubliques territoriales capables de prendre en charge, de façon inclusive, les préoccupationsdes populations locales. L’absence de séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le législatif etle judiciaire se ressent dans le traitement subjectif de certains dossiers politiquement chargésqui impliqueraient des personnalités de la majorité.N’est-il pas temps de procéder à une véritable réforme de qualité pour libérer la justicede l’étau politique et partisan dans lequel elle semble être enfermée de manière à luipermettre de remplir son rôle combien indispensable dans un Etat de droit et de démocratie ?Il s’agit d’une demande récurrente qui s’inscrit dans une logique de perfectionnementde la démocratie laquelle constitue un long processus permettant de bâtir avec la volonté et ladétermination une entité politique favorable à l’éclosion d’une communauté citoyenne etresponsable. C’est dans cette perspective que se régénèrent la pensée et les pratiquespolitiques imprégnées de valeurs démocratiques. Il est aisé de constater qu’elles stagnentaujourd’hui pour plusieurs raisons qui méritent l’attention.
Des pratiques politiques désuètes
Les conceptions que les leaders habituels se font de la politique n’ont pas vraimentchangé, elles se perpétuent au gré du recyclage des hommes politiques de génération engénération sans réelle modification des pratiques qui plombent le système politiquesénégalais. Les hommes politiques prônent en général le même discours puisé d’un registrepeu ou prou amélioré mais, en réalité, très éloigné des attentes des citoyens confrontés à desconditions de vie rudes, avec maintenant les augmentations des produits de premièresnécessités, ajoutées à la réévaluation des prix de l’électricité. Plutôt que de convaincre lespopulations par une stratégie communicationnelle bien élaborée, on s’évertue à verser dans lapolémique ou l’argumentation d’une légèreté insoutenable. Malgré des changementsd’hommes au niveau de la communication présidentielle, les effets positifs d’une telledécision tardent à se concrétiser au regard des déclarations officielles récentes et relatives àl’opportunité ou à la possibilité du rapatriement de treize étudiants piégés par l’épidémie decoronavirus dans la ville chinoise de Wuhan. Ici, c’est la forme du discours qui pose problème
devant une situation de détresse et d’inquiétude exigeant des formules rassurantes de la partd’un chef d’Etat dont la fonction est d’abord de protéger et de garantir la sécurité descitoyens à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Cela dit, la vision cristallisée sur lapolitique doit être renouvelée et révisée car elle n’est nullement la voie pour s’enrichir par lebiais d’un système clientéliste institutionnalisé.Ce schéma porte atteinte à l’engagement volontaire de certains leaders auprès de leursconcitoyens pour satisfaire leurs besoins et améliorer leurs conditions de vie par l’adoption depolitiques rationnelles et adaptées. Pour être plus précis, la politique n’est pas un métier et nepeut abriter ceux qui en font au quotidien leurs fonds de commerce en profitant d’un systèmequi n’a plus sa raison d’être parce qu’il faut changer de paradigme pour remettre à la politiqueses lettres de noblesse. Bien sûr, la résistance aux mutations est là, elle transparaît dans laproposition issue du dialogue national, consistant à institutionnaliser les coalitions de partispolitiques, une absurdité consolidant le système tant décrié par ceux qui se battent pour uneautre façon de faire la politique en s’ouvrant au monde et aux aspirations des jeunes.Un dernier point qui me semble essentiel dans une démocratie, c’est l’instaurationd’un espace de débat contradictoire de haut niveau, de qualité et non de dénigrement,associant les hommes politiques, les professionnels des médias et la société civile afin decontribuer à une dynamique de l’opinion publique. Cela suppose une mise en placed’instruments de régulation, avec des membres non partisans pour jouer un rôle crucial dansle respect des règles de la démocratie où toutes les sensibilités politiques participeront à cetteœuvre collective et inclusive. Nous avons évoqué de manière condensée quelques aspects quiattirent notre attention dans les pratiques politiques sans oublier les mécanismes decompétition politique et leurs dysfonctionnements dont l’évaluation est en cours selonl’agenda de la commission politique du dialogue national.Il est vrai que la démocratie représente un processus qui demande du temps et del’effort de tous les citoyens mais la majorité au pouvoir doit accepter la contradiction ets’atteler à faire une introspection pour que ce bien commun soit préservé et enrichi par lapluralité des idées et des pensées.
Moussa DIAW, enseignant-chercheur en science politique,Université Gaston Berger de Saint-Louis.

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